March 2010
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Jour 217, Marion VA, 3743 km

(sur un air Zen de satisfaction)

Mmm… Trois jours de repos dans une auberge de jeunesse centenaire. Woodshole est un genre de chalet construit en 1880. Au fil des ans, ce bâtiment à été rénové et des nouvelles installations ont été ajoutées. Aujourd’hui nous y trouvons un havre de paix où les invités pratiquent le yoga, la marche et même profiter de soins de santé. J’y ai passé trois jours à organiser mon portable et mon iPod.

Dame Nature en a profité pour faire fondre la neige à coup de journées de pluie. La température est revenue dans les normales saisonnières. Le sentier est passé d’enneigé à boueux. Durant mon retour au sentier, j’ai eu une drôle de pensée. « J’ai hâte de partir. » Comme si j’étais cloué quelques part. Elle c’est tout de suite envolée alors que mon troisième œil voyait bien que je marchais dans le bois, vers l’inconnu. Drôle de feeling.

Mon sac est très lourd. J’ai tout mon barda d’hiver, incluant mes semelles à vis et mes raquettes. J’ai échangé mes sandales Crocs pour mes bottillons en duvet. J’ai même quelques paires de bas supplémentaires. Quel luxe !

Au deuxième jour, Il pleut sans arrêt. Hier c’était le beau temps, chaud et ensoleillé. Aujourd’hui c’est pluvieux et humide. J’écoute ma musique durant la majeure partie de la journée. Mon pas est constant et j’ai un sentiment de liberté et de légèreté. L’eau passe au travers de mon imperméable, au niveau de mes épaules et le zip se dézipe du bas vers le haut. Aussi, l’eau s’accumule dans mes bottes. Leur imperméabilité à pris fin dernièrement. Vers la fin de l’après midi, une douleur s’installe à chacun de mes pas.
Mes pieds sont ratatinés. La peau se replie tellement que ça forme des craques qui font mal.

Deux chasseurs, embusqués derrière un arbuste, regardent avec attention en direction de la route. Je les surprends alors que la nuit s’installe. L’un deux est clairement saoul. Ils doivent répéter plusieurs fois leurs paroles puisque je ne comprends rien à leur accent du sud. Je continue ma marche après leur avoir souhaité bonne chasse. Ils ont installé des pièges pour attraper un lynx. C’est un bon alibi, la semaine dernière je pouvais voir des traces dans la neige. Suite à cette rencontre, j’entreprends de marcher jusqu’au prochain abri, qui est à plus de 11km de là. J’y arrive à 21h avec une journée d’environ 40 km dans le corps. Je n’y voyais rien, le brouillard était tellement épais. Ça été une belle surprise quand j’ai vu le shelter.

Le verglas tombe toute la journée du lendemain. Je reste très concentré tout en écoutant ma musique. C’est le même scénario que la veille. Aussi, les logs indiquent que tous les southbounders (thru hiker qui vont vers le sud) sont déprimés et ne pensent qu’à retourner chez eux.  Mon moral reste stable malgré tout. Je suis ici parce que je le veux et si j’étais à la maison, je rêverais d’être ici. Je ne partage donc pas leur sentiment. La journée s’écoule avec un autre 40km accumulé. Ma progression m’impressionne. La neige est disparue et il est facile pour moi d’avancer.

Au matin, la forêt fait un gros brouhaha. Ce sont les arbres qui se secouent. Un à un, ils enlèvent la glace qui s’est installée la veille et durant la nuit. C’est une couverture lourde de 2 pouces de glace qui habille leur branche. Je les comprends de vouloir s’en débarrasser. La forêt m’offre un paysage exceptionnel. Un jeune hibou m’observe un moment avant de s’élancer plus loin.

Lors de ma descente de la montagne, un groupe de weekenders m’indique l’emplacement d’une autre auberge de jeunesse. Ils me disent aussi que Headstrong est passé il y a plusieurs semaines. En arrivant à la station d’essence désignée, je questionne l’employée pour en connaître d’avantage sur l’auberge de jeunesse. Mais parait-il qu’elle est fermée pour l’hiver. J’en profite pour me ravitailler et continue mon chemin jusqu’au prochain abri. Ça été une bonne journée nuageuse, sans pluie, sans glace, sans soleil.

Il me reste environ 2 heures à parcourir avant d’arriver à mon prochain arrêt à Marion. Je prends donc tout mon temps. C’est dimanche, la poste est fermée. J’ai prévu faire mes achats et mon lavage ce soir et demain je ferai ma paperasse hebdomadaire. Je me demande bien comment je vais faire mes impôts cette année!?

Après avoir fait du pouce pendant une heure sous la pluie, je m’élance sur la route sillonnant les flancs des montagnes. Un homme arrive après une heure de marche. Il se nomme Chad. Il est pasteur et à toujours rêvé de faire le sentier. Il m’apporte gentiment au motel le moins cher du coin. Deux femmes s’y trouvent et m’accueillent. Le prix suggéré est 20% plus élevé que publié. Je proteste. La gentille femme corpulente m’offre d’égaler son compétiteur. Très bien, mais qu’en est il de la buanderie et d’une connexion internet? Et là la moins gentille et mince femme me dit qu’ici on n’est pas dans une grande ville, ya pas un motel avec ce genre d’installation. Ici c’est une petite ville. Et même le prix du compétiteur est plus élevé. Et pis, elle ne sais pas à quoi je pense.. ici c’est une petite ville, je ne peux pas m’attendre à de tels services. Marion… Une petite ville assez grande pour accueillir un Walmart, un Foodlion et un autre super gros de l’alimentation. Plusieurs hôtels de luxe s’y trouvent et même que le bureau de poste a trois comptoirs de service. Je décide donc d’aller prendre une marche sous la pluie. Je me retrouve à l’autre motel, le ventre plein et le linge propre. J’ai profité du marché d’alimentation et de la buanderie au passage. Ici, le prix est le bon et il n’y a toujours pas de connexion internet. Pas de problème, la bibliothèque municipale est tout près.

C’est une petite semaine qui est à venir. J’ai environ 3 jours d’un bon pas de marche pour arriver à Damascus, mon prochain arrêt. C’est la limite de la Virginie et du Tennessee. D’ici là je vais gravir le Mt Rogers et Mt Whitetop d’une hauteur dépassant les 5729 pieds. Aussi, j’attends de la neige pour ce soir et demain. Donc, pas question de quitter mes raquettes, mon sac restera lourd.

À très bientôt !

Simon (SpAz)
www.unelonguemarche.ca

À venir (jours estimés)
Damascus, VA 24236 (3-4 jours)
Erwin, TN 37650 (15 jours)
Hotspring, NC 28743 (20 jours)
Fontana dam, NC 28733 (28 jours)
Helen, GA 30545 (25 jours)

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Jour 207, Pearisburg VA, 3583 km

Je suis à l’aéroport d’Ottawa, assis au café tout près de l’aire d’embarcation. Le vol qui m’amènera à Dulles est retardé d’une heure environ. J’en profite pour vérifier mes courriels et peaufiner certains détails techniques. Ma montre GPS est devenue défectueuse et Suunto aimerait l’analyser. Aussi, je recontacte le gentilhomme qui m’a donné mon dernier « lift ». Il m’avait offert de me reprendre à l’aéroport, m’héberger pour cette nuit et me ramener au sentier demain matin. Charles est très enthousiaste par rapport à mon périple. Ça fait longtemps qu’il a suivi un thru-hiker et il se fait un plaisir de m’aider comme il le peut. Il est âgé de 70 ans et est à la tête de Escort Data Loggers (http://www.escortdataloggers.com). Ça fait aussi partie des ses rêves que de marcher le sentier des Appalaches. La randonnée pédestre est son sport préféré. C’est ainsi qu’il m’attendait tout près du débarcadère à l’aéroport de Roanoke. J’ai donc eu droit à un accueil chaleureux enrichi d’un sourire flamboyant et d’une poignée de main enthousiaste.

Je me rends bien compte, le lendemain matin au bureau de poste, qu’il me manque mon brûleur à alcool. Selon ma mère, il est tombé entre deux tables sous un coussin à la maison. J’entreprends la construction d’un modèle de remplacement devant les yeux ébahis de mon hôte.

La neige a presque toute fondue, mais certaines accumulations persistent toujours. J’avais prévu le coup en ville et j’avais envoyé mes raquettes plus loin. J’ai suivi les traces d’un homme et son chien presque toute la journée. Je me doute bien que Kevin a dû reprendre le sentier avec Morgan. La température est clémente ce soir. Il fait environ -8 degrés Celsius et il n’y a pas de vent. Les fruits et légumes séchés que m’a mère m’a préparé me rappellent les couleurs de l’été. Ce soir, je déguste un savoureux repas froid. Les saveurs des fruits et légumes sont grandement amplifiées du fait qu’ils ont été déshydratés. Aussi, ces saveurs font contraste avec la neige et la glace hivernale, sans goût. J’ai toujours associé une couleur aux saveurs.  Or voilà que le blanc hivernal ne m’inspire pas de grande saveur colorée! Mon magot de fruits séchés devient alors un oasis exceptionnel.

Le lendemain après midi, je passe près de Trouville. J’en profite pour remplir mon conteneur d’alcool et mon sac de bouffe. J’apprends aussi que ce n’était pas les traces de Kevin que je suivais. Il m’a dit au téléphone qu’il est toujours en Floride et qu’il comptait revenir sur le sentier après avoir réglé quelques trucs. Je termine la journée sous ma tarp, entre deux montagnes. La nuit était calme et je pouvais sentir déjà la vague de froid s’installer graduellement.

Tellement froid qu’il m’était impossible de démarrer mon brûleur pour me faire chauffer de l’eau au matin. L’alcool ne pouvait pas s’évaporer à cette température. Le vent augmente de façon significative durant la journée et très vite je dois cacher mon visage pour éviter des engelures. Je marche toute la journée suivant une crête surplombant la vallée. J’arrive lentement au fameux rocher de McAfee knob. C’est un caillou horizontal qui s’avance dans le vide et offre un point de vue magnifique sur la chaîne de montagnes d’en face. Sans le savoir, je manque l’une des plus majestueuses photos du sentier. Celle où l’on voit le rocher s’avancer dans le vide. Le point de vue n’est pas visible lorsqu’on marche du Nord au Sud. C’est ce que j’ai appris en soirée dans le restaurant familial de Catawba. Nous pouvons y contempler la fameuse photo dans le hall d’entré. J’y passe environ trois heures à essayer de me réchauffer. Mon visage pétille alors qu’il revient à une température normale. Je peux sentir le café chaud couler jusque dans mon estomac. Après avoir bu 8 cafés et 3 assiettes de poulet et légumes, ma chaleur corporelle était plus décente. Ça faisait une journée et demie que je n’avais pas bu ou mangé chaud. Disons qu’après m’être bien rassasié j’étais content de profiter d’un feu de foyer. Des gens de la localité m’annoncent qu’il fera froid pour au moins trois jours. Je me dis que ce n’est pas si mal. Arrivé à Pearisburg, je vais pouvoir échanger mon four à alcool pour mon brûleur à gaz blanc (Coleman). Celui-ci est moins sensible aux basses températures.

Cette nuit là il a fait -15 degrés Celsius avec un facteur vent de plus de 40 km/h. Selon la charte suivante la température ressentie était de -27 degré Celsius. Heureusement que ma toile me protégeait du vent! Ce fût l’une des nuits les plus froides que j’ai connue jusqu’ici. Quel retour sur le sentier!

Le lendemain est une autre magnifique journée. Le vent s’est affaibli et il m’est possible de marcher sans ma coquille de Goretex. J’en profite même pour aller surfer la roche de Dragon Thoot qui surplombe le territoire. On dirait que la roche est le bout d’une colonne vertébrale de dragon qui forme la chaîne de montagne. C’est bon d’être haut en montagne! L’air y est frais et les points de vue y sont rafraîchissant.

Je passe la soirée au shelter suivant où je me rends compte que mon nouveau stylo stérilisateur ne fonctionne pas. La lampe UV est brisée semble-t-il. Merde! Pour consommer l’eau prise dans le ruisseau je dois donc la faire bouillir. Depuis mon arrivée sur le sentier, j’ai toujours pu remplir mes gourdes avec l’eau des commerces avoisinants. Je réussi finalement à allumer mon brûleur à alcool après avoir fait chauffer le tout avec ma bougie. Mon nouveau brûleur « homemade » est si puissant qu’il fait fondre l’aluminium de mon coupe vent. Je fais plusieurs passes pour chauffer l’eau pour boire puis pour manger. Puis soudainement, « POP »,  il explose en séparant ainsi les deux morceaux de cannette sous mon chaudron qui est protégé par le coupe-vent. Aucun problème, je le rebats. En allumant le brûleur par son centre, la flamme s’est faufilée à l’intérieur des cannettes créant une pression trop grande. Une fois expérimenté, c’est le genre de truc que tu ne refais pas.

Alors voici la nouvelle situation, je suis entre deux villages. Pas de brûleur fiable, pas de filtre à eau. Je dois marcher encore 3 jours pour arriver à Pearisburg où devrait se trouver ce qu’il faut pour tout remplacer. Pas question de courir le risque de tomber malade ici. Alors je sors de la forêt au matin pour emprunter le premier chemin de terre. Espérant y trouver de l’aide. J’aperçois une première maison après trois quart d’heure de marche. J’y demande des indications pour aller à Pearisburg. La femme m’indique que pour y arriver je devrai marcher environ 6 miles puis faire du pouce. Mais elle me déconseille fortement de le faire puisqu’un couple de campeur se sont fait tué en montagne il y a deux mois.

Tout le voisinage est aux aguets et ont la chair de poule. Je suis toujours sur le portique et lui parle au travers la fenêtre. Après quelques minutes de discussion elle se présente, Beverly. D’habitude elle accueille les marcheurs mais depuis les meurtres, elle n’ose plus. Elle tente d’appeler un voisin pour y quérir de l’aide. M’offre un café. Puis elle me demande d’appeler mon ami Charles. Avant de se quitter quelques jours plus tôt, il m’avait offert son appui si j’en avais besoin. Et aujourd’hui, j’avais besoin d’aide. Finalement, après avoir averti deux de ses voisins, Beverly me laisse entrer le temps de me réchauffer.

Quelques heures plus tard je suis de nouveau chez mon ami Charles. Je n’ai qu’une pensée : Merci mon Dieu d’avoir mis sur mon chemin des gens si généreux! Il a parcouru plus de 45 minutes de camion pour me sortir de là. Demain nous irons 160 km plus loin pour aller chercher l’équipement et me ramener sur le sentier. Nous profitons de la soirée pour jouer un peu de musique, réparer son imprimante et manger.  J’apprends qu’il adore le sirop d’érable, comme nous. Aussi, suivant une discussion sur les affaires, il me lance qu’il aurait peut-être besoin d’un ingénieur logiciel pour un contrat à court terme.

Au matin, je récupère ma pompe à eau et mes raquettes que j’avais envoyées à Pearisburg. Mon brûleur whisperlight n’y est pas. Il est dans mon sac d’équipement qui s’est retrouvé à Damascus, environ 150 miles plus loin. Je vais devoir faire sans lui pour environ 3 jours de plus, le temps que le colis et moi revenions à ce petit village.

De retour sur le sentier en après midi, la tête dans les nuages. La journée est splendide et j’en profite pour utiliser mon trépied pour faire quelques vidéos. Je prends bien soin de le ranger convenablement avant de reprendre la marche. Mais quelques minutes plus tard, je m’aperçois qu’il n’est plus sur moi. Un oiseau de proie s’envole alors que je rebrousse chemin. Il transporte quelque chose mais je ne peux pas dire quoi. Finalement, après deux heures de marche à reculons, je n’ai jamais retrouvé mon trépied. Je présume que l’oiseau avait besoin d’un perchoir. Pas de problème, j’avais prévu le coup, il y en a un autre qui m’attend au bureau de poste.

J’arrive à destination plus tard en soirée. Tout heureux que ma journée se termine bien et que je puisse boire de l’eau en toute sécurité. Mais il y a quelque chose qui cloche ici. Il y a des pots de liquide dans le coin. Un article traitant sur l’organisation d’une orgie ratée. Un poème qui justifie pourquoi le mot « vile (1) » est bon. Puis je remarque que cet endroit à été visité très dernièrement. Il y a des « wet ones » plein de merde qui traînent tout près du rond de feu. Des buches ont été clairement allumées hier soir. Une lime toute rouillée qui traîne dans le coin. Puis je me rappelle comment tous les gens du coin  me disaient de bien faire attention à moi. Parait-il que cet endroit à été objet d’un meurtre il y a deux mois. Un jeune couple à été tué par balle dans la tête et la fille à été mutilée. Pas moyen de décompresser ici, c’est bien trop stressant. Et si j’avais de la mauvaise compagnie ce soir. Qu’est-ce qu’un gars peut bien faire pour se défendre alors qu’il est enroulé comme un saucisson dans son sleeping bag?

Fait que finalement j’ai décidé que j’irais dormir plus loin. Pas mal plus loin, voir 16km. Durant ce 16km de marche nocturne, j’ai dépassé les restes des rubans de sécurité que la police installe dans de telles circonstances. J’ai aussi manqué une sacrée vue sur la vallée et les montagnes avoisinantes. La crête escarpée s’étalait sur environ 11km et s’était établie à environ 3500 pieds. La neige n’avait pas fondue à cette altitude. Il n’y avait pas de trace de pas non plus et les balises du sentier étaient plutôt en mauvais état. Bref, je me suis perdu plusieurs fois. De plus, ma gorge était sèche. Dans ma hâte de quitter les lieux du crime, j’avais planifié prendre de l’eau au ruisseau dans la montagne. Mais il était à sec. Mes gourdes étaient vides depuis plusieurs heures.

Première chose que je remarque en arrivant au shelter: des traces de pas. Un homme d’environ ma grandeur et mon poids était sorti de nul par et parcourait les alentours. Il n’avait pas laissé de note dans le logbook du bâtiment. Selon mes observations de ses traces de pas. Il a passé la nuit ici, puis il a pris de l’eau à la source et qu’il est parti en fin d’avant midi. Peu importe, je dormirai à poings fermés ce soir.

Le lendemain matin, rien n’avait bougé et j’étais toujours seul. Bonne nouvelle. J’entame ma journée de marche qui s’orientait comme suit : redescendre de la montagne, traverser la vallée et passer la prochaine montagne. Aujourd’hui m’attendaient des points de vue exceptionnels sur les collines de la localité. Un arbre, trois fois centenaire, m’a accueilli dans la vallée. Juste avant de passer des affiches intitulées « REWARD » qui avaient été installées en bordure des routes. Un autre meurtre avait été commis. Un chat avait été tué par une balle dans la tête et le propriétaire cherchait vengeance. J’ai finalement pu échanger quelques mots avec des étudiants qui profitaient de leurs derniers jours de vacances en forêt. Une très belle journée sans anicroche, enfin! Demain j’aimerais me rendre aux limites de la ville de Pearisburg étant donné que mon sac de bouffe est presque vide. Une marche de plus de 40km traversant deux montagnes de 4000 pieds.

La matinée consistait à environ 19 km pour atteindre le prochain shelter puis gravir et traverser la grosse et dernière montagne sur 21 km puis arriver à la ville. Je me lance dès 7 :30 le matin. Je ne voulais certainement pas marcher de nuit et me reperdre encore. Une fois sur le haut de la montagne je dois suivre son long et la redescendre environ 11 km plus loin. Elle me force alors à jouer une partie de « où est la marque blanche » dans un décor blanc. Finalement, je suis complètement perdu sur le haut de cette crête blanche. J’ai beau faire des zigzags autour de mon dernier point de repère, suivre la crête et la route du sommet. Les marques blanches qui balisent le sentier ont disparu. Pour me retrouver et avancer je coupe au travers le bois pour retrouver le chemin forestier plus bas. Puis je le suis sur environ 2 km pour arriver à une intersection. Ce qui veut dire que j’avais dépassé le sentier. Je décide donc de couper dans le bois pour retrouver la prochaine rue qui croise le sentier de façon plus évidente. La journée est splendide et tourne autour du point de congélation à mi-montagne. Je gambade dans la neige folle jusqu’en bas. Contournant arbres et roches comme si j’étais en plein dans une descente de ski alpin extrême. Arrivé à la rue, selon ma carte et ma position estimée, je devrais rejoindre le sentier de l’autre côté du ruisseau qui est de l’autre côté de la route. Go!

Après avoir failli tomber dans l’eau du ruisseau, gagné plusieurs égratignures aux mains, poignets et au visage. Après avoir traversé un lac de castor semi-gelé, gravi une colline, traversé des mini forêts de ronces et de plantes qui piquent puis retraverser le ruisseau. Je retourne finalement à la rue un peu écorché de cette fausse manœuvre. Plus de quatre heures ont passées depuis la dernière fois que j’ai vue une balise de sentier. Le premier automobiliste m’ignore totalement. Puis un vieux couple m’indique que le sentier juste en face de moi, à un demi-km environ. Fantastique!

Mais jamais je ne me risquerai de traverser la prochaine montagne sans soleil. Je dois donc oublier mon objectif de 40 km aujourd’hui et étirer mes rations de nourriture et d’alcool.

Pour me consoler, Lucky avait laissé un magasine Maxim (maxim.com) dans l’abri. Celui-ci était fait tout en pierre et était muni d’un foyer. Très vite, l’endroit était chauffé confortablement. Même que celui qui entretien l’endroit avait isolé le tout avec du plastique coupe vapeur.

Pour la journée suivante, même scénario était prévu. À la différence que cette fois-ci pour me retrouver sur le haut de la montagne, je pouvais compter sur des vieilles empreintes qui apparaissaient par-ci par-là. Aussi l’architecture de la montagne était plus facile à suivre, il suffisait d’arriver aux lignes électriques, puis le dernier abri avant la ville était tout près. J’y étais avant le couché du soleil après une journée épuisante dans des bancs de neige qui atteignaient les 3 pieds à certains endroits. Je n’ai pas manqué perdre plusieurs fois les fameuses marques blanches. Ici, c’est pire qu’au Québec. Le sentier n’est pas balisé.

Quelques jours auparavant le log book indiquait que Dances était arrivé sans plus aucune nourriture. C’est probablement pour cette raison qu’en arrivant au shelter j’y ai trouvé un gros sac de nouilles ramen et un deuxième gros sac de trail mix. Exactement ce qu’il me manquait pour bien finir ma journée! J’ai passé ma soirée avec deux autres étudiants qui, eux aussi, profitaient des derniers jours de congé.

Tout ça pour arriver enfin à Pearisburg vers midi où m’attendait mon four whisperlight, mes pantoufles en duvet, mes (vraies) semelles à visses et des denrées déshydratées au bureau de poste. Ça prend toujours du temps pour tout bien organiser au bureau de poste. Bien des gens viennent et vont. Certains sont curieux d’autres le sont moins. C’est ainsi que j’ai rencontré Michael, le propriétaire de l’auberge de jeunesse tout près de Pearisburg. www.woodsholehostel.com. J’y serai toute la fin de semaine, pour bien prendre le temps de mettre à jour ce blog et pour fignoler d’autres détails de logistique particuliers. Aussi, j’y échangerai quelques heures de labeur contre un lit et un toit.

J’ai appris que Headstrong a passé les fêtes ici. En lisant mes derniers courriels il semble en avoir marre de la solitude hivernal et il devrait être très près de son arrivé au mont Springer en Georgie. À partir de Woodshole, il reste environ 1000 km avant la fin de cette section du sentier des Appalaches. J’ai donc parcouru plus du ¾ du trajet initial.

Villes et estimés à venir.
Compte tenu des conditions hivernales
(À partir du 16 janvier, moyennant 20 km par jour environ)
(Ce qui inclut le temps d’écrire)

Marion, VA 24354 (9-10 jours)
Damascus, VA 24236 (14-15 jours)
Erwin, TN 37650 (25 jours)
Hotspring, NC 28743 (30 jours)
Fontana dam, NC 28733 (38 jours)
Helen, GA 30545 (45 jours)
(environ 50 jours – fin de A.T.)

En suivant cet estimé, j’arriverai au mont Springer le 7 mars 2010.

À bientôt!

Simon (SpAz)
www.unelonguemarche.ca

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(1)Definition du web : vile : Synonyme de despicable: morally reprehensible; “would do something as despicable as murder”; “ugly crimes”; “the vile development of slavery appalled them …

intermède - les cavernes Luray

(Explosion d’un événement du blog : jour 173 à Waynesboro – les cavernes Luray)

Il y a quelques semaines, Kevin et moi avions débuté la traversée du parc national de Shenandoah dans un blizzard de neige. Plusieurs restaurants ornent le parc. Nous invitant ainsi à économiser sur le poids de notre sac en échange de repas achetés sur place. Malheureusement, nous sommes hors saison et ceux-ci sont fermés. Nous avons conclu qu’il serait sage de se ravitailler plus tôt que prévu. Les nouvelles conditions de neige affectaient notre vitesse et nous devons nous ajuster. Selon notre guide, le prochain village se trouve environ à 9 miles à l’extérieur du sentier. À Luray, nous devrions pouvoir trouver un toit à coût modeste, des vivres et de l’équipement.  Les experts de météo annoncent un réchauffement pour les prochains jours et le verglas devrait recouvrir le sentier la semaine à venir. Une visite au magasin de plein air s’impose en espérant y trouver des semelles à crampons.

Or voilà qu’il est fermé. Nous sommes lundi,  leur seul jour de congé. J’ai un choix à faire, courir le sentier dès maintenant ou bien attendre l’ouverture du magasin prévu à 10h le lendemain. Les derniers jours mon fait mal. Je suis très grippé et mon niveau d’énergie est assez bas, je suis fatigué. Mes pieds sont toujours mouillés et mon setup de bas et bottes ne me garde plus au chaud. Bref, mes pieds sont gelés. Dans une semaine, je vais être à Rockfish Gap où se trouve un réputé magasin de plein air. D’un autre point de vue, en prenant un jour de congé, nous pourrions allez visiter ces cavernes tout en se reposant. Elles semblent mystérieuses. Le parking est immense. Le complexe touristique comporte un musée et quelques petites boutiques. À première vue, tout laisse croire que ce sont des cavernes spectaculaires, sinon pourquoi faire un tel complexe touristique dans une aussi petite ville? Il y a même une « tour chanteuse » contenant un  carillon de plus de 47 cloches en face des cavernes. Je suis impressionné. Par contre je vais perdre une journée sur mon planning et je vais arriver un dimanche au prochain village. Le dimanche c’est mortel, tout est fermé et je ne pourrai probablement pas faire mon blog de la semaine. Aussi, Kevin ne prendra pas le chemin de la forêt sachant qu’une tempête de verglas va nous tomber sur la tête. Il va prendre toute une semaine de congé et me retrouver au prochain village.

C’est avec tout ça en tête que je prends ma décision : allons visiter ces cavernes! Je vais en profiter pour me reposer et récupérer ma santé. Peut-être que demain je vais être chanceux et avoir la possibilité de changer mes bottes! Nous nous sommes donc habillé en touriste et marché en direction des cavernes de la ville de Luray.

Elles ont été découvertes par un homme nommé Andrew Campbell et son neveu Quint de 13 ans, en 1878. Le village voisin donnait des tours guidés de leur caverne locale et ceux-ci voulaient faire de même. Ils se sont alors mis à la recherche de caverne possiblement enfouie dans leur cours arrière. Jamais ils ne s’imaginaient qu’une telle découverte les attendait. Une brise d’air frais, venant d’un petit trou, avait éteint la chandelle d’Andrew un soir de prospection. Ils ont alors dégagé une petite ouverture, donnant accès à l’entrée de cette magnifique découverte.

Au fil des ans la caverne se draina pour n’y laisser qu’une petite marre d’eau d’une profondeur d’environ 18-20 pouces. La réflexion des parois est si parfaite qu’on dirait que des glaçons de pierre émergent de l’eau. Toute la décoration naturelle rocheuse est impressionnante. De grandes colonnes de pierres portent le plafond, d’une hauteur de plus de 47 pieds. Ces parois rocheuses renferment des fontaines, des rideaux, de grandes pièces, des trous de plus de 90 pieds, un mini lac, des colonnes blanches, des omelettes et des totems naturellement formé de roche. Plusieurs films y ont eu accès pour y tourner certaines scènes. La grande cathédrale de la caverne a accueillie plus de 450 mariages. Celle-ci est composé d’un orgue « stalacpipe». Des stalactiques sont frappés par des solénoïdes reliés au clavier par un système électrique. Ces stalactiques ont été choisis en fonction de leur son naturel et certains d’entre eux ont été limés pour trouver la note parfaite. La sonorité de la pièce est impressionnante. Imaginez, c’est la roche qui joue de la musique.

J’avais perdu mon trépied la veille, donc presque toutes mes photos sont floues. Mais voici les plus belles.

À bientôt!

Simon.

http://www.luraycaverns.com

Jour 181, 3400 km, Buchanan

Suite à la lecture de mes courriels, j’ai appris que Macguyver est rendu à Damascus où la plupart des thru-hikers vont s’arrêter pour l’hiver. Il est toujours en forme et devrait être en mesure de terminer le sentier avant de retourner au travail. Il monte des décors de scène en utilisant ses habiletés de grimpeur. Aussi, un autobus de Montréal nous apportait une surprise. Le but de Julie était de venir décompresser en forêt, sur le sentier, avec nous. Elle vient tout juste de terminer une aventure de vélo et prend son temps pour revenir en ville (son blog). C’est donc Macguyver, le premier barbu à sortir du sentier, qui l’a abordé. Il allait se ravitailler alors qu’elle se rendait au sentier. Tous les deux étaient enjoués de leur rencontre! Macguyver était super content de rencontrer un(e) autre Québecoi(se) sur le sentier. Elle va marcher vers le nord et nous devrions se croiser cette semaine.

La météo annonce du temps mauvais pour toute la journée. De la pluie chaude, alors que le sol est encore très froid. Bref, nous allons être trempés à l’os en marchant sur de la glace. Mais notre moral reste toujours le même, c’est-à-dire une joie à l’épreuve de tout.

Le premier ruisseau que nous devons traverser est trop large pour ne pas se mouiller. J’emprunte un gros arbre tout glacé alors que Kevin fait un détour d’une bonne demi-heure pour traverser sain et sauf avec Morgan. Il pleut toujours, sans cesse. Ça varie entre une pluie fine et les grosses goutes. La température augmente d’une façon significative une fois dans le nuage. J’enlève ma tuque et mes mitaines. Le sol n’est plus de glace et la pluie est chaude et « confortable ».

Puis le vent se lève déchirant en lambeaux ces nuages de pluie chaude. La montagne nous offre alors une vue sporadique sur un centre de ski et la vallée avoisinante. J’ai le cœur léger et mon attention s’attarde trop à contempler ce striptees nuageux plutôt que le terrain sur lequel j’évolue. Ma cheville droite se tord laissant échapper un son inquiétant. La douleur est instantanée, me ramenant de la lune à la terre en un clin d’œil. Je tente, d’orgueil, de continuer à marcher. La douleur me quitte lorsque l’enflure est à son maximum. Ce n’est rien de grave, un message subtil m’indiquant de rester aux aguets. Quelques minutes plus tard mon pied gauche glisse. Puis ma jambe se coince entre deux roches à la hauteur de mon tibia. Mon corps tombe à tribord. Après la cheville, c’est le tibia. Par chance, ce n’est qu’une éraflure et une bosse qui ont résulté de cette glissade. Le moral est bas. Le nez est super irrité, les cuisses aussi, la cheville est sensible et la jambe joue au levier avec les roches. Dure journée! Voilà un cas urgent nécessitant un IPod, il faut remonter ça ce p’tit moral là! J’entre alors dans ma bulle et c’est à peine si je fais attention aux chevreuils qui me regardent passer, avec lassitude, à 5 pieds du sentier.

Le lendemain, nous attendait « the Priest ». La première montagne de plus de 4000 pieds depuis un sacré bout. La journée est splendide, la matinée est agréable. Le soleil resplendit, la journée est chaude. Je laisse Kevin débuter son ascension alors que je prépare la mienne avec un bon rit à l’oignon  rehaussé de sardine à l’huile de soya et des croûtons assaisonnés. J’adore grimper le ventre plein et bien hydraté.

Un chasseur nous accueille au sommet. Il nous apprend que c’est le temps de la chasse à l’ours. Ils sont une quinzaine sur la montagne. Mmm, danger.

Je remonte le moral de Kevin à coup de poptart pour nous assurer une arrivée sain et sauf au shelter en soirée. Kevin lui a égratigné un œil ce matin. Depuis, il a des maux de tête et la vue embrouillée. Il est vraiment en beau maudit et aimerait voir un docteur. De plus, il n’a pas mangé aujourd’hui. Malheureusement, il est trop tard pour aller au village. Il devra attendre demain après midi. Mais il sera trop tard puisque ses douleurs et sa vision se rétabliront avant d’arriver en ville.

L’après midi suivant, le président du club de montagne du secteur nous reconduit à Buena Vista. Le sentier était dans une terrible condition. Ils ont reçu des plaintes sur l’état du sentier et lui et sa femme s’affairaient à couper les arbres morts tombés durant la dernière tempête. Le village est situé entre deux coulées de montagne. La route pour y arriver sillonne les flancs escarpés et la vue est à couper le souffle.

Je retourne sur le pouce au sentier après avoir dit au revoir à Kevin et Morgan. Au premier shelter j’y retrouve la signature d’Headstrong ainsi que la dernière édition du magasine PlayBoy. En effet, son père prend bien soin de lui faire parvenir l’édition du mois. C’est ce qu’il m’avait dit alors que nous faisions la vaisselle au café des « Twelve tribes ».

Il ne me reste que 70 miles à faire en 6 jours avant d’arriver à Troutville, où j’irai prendre un avion pour revenir en ville pour les fêtes. Oui! Je vais passer noël au Québec! Les prochains jours seront dédiés à de petites journées d’adoration de la nature. Je me lèverai tard et me coucherai tôt. Voilà mon plan.

Je suis donc super zen le lendemain. J’ai profité d’une grasse matinée et la journée est splendide. Des randonneurs de passage m’indiquent quelques endroits où je pourrai piquer ma tarp. Je marche toute la journée au même rythme, il n’y a pas de vent, pas de bruit et il n’y a pas de presse. Le coucher de soleil est fantastique derrière les arbres, devenus nudistes par obligation. Mon festin habituel me réchauffe bien alors que les coyotes crient au meurtre. Je leur fais écho. C’est un cri qui commence aigu et se termine plus grave avec des jappements. De cette façon ils savent que je suis dans le secteur. Un chevreuil me rend visite durant la nuit, toujours frustré. On dirait vraiment que les chevreuils sont des êtres extrêmement sensibles. Aussitôt qu’on est sur leur territoire, de nuit, ils te piquent une crise.

Vers 10h du matin, un chasseur me surprend pliant mon campement. En fait, c’est lui qui est surpris. Le temps de la chasse au chevreuil est étendue pour ceux qui utilisent des fusils « primitifs ». Il est super étonné et enjoué de rencontrer quelqu’un dans le bois à ce temps-ci de l’année. C’est avec enthousiasme et fierté qu’il me montre toutes ses prises au fil des ans sur sa caméra digitale. Puis il appelle son partenaire qui est en bas de la montagne pour lui annoncer qu’il y a un randonneur sur la montagne. Quelle bonne idée pour ma sécurité! Avant de se quitter, il me dit qu’il va y avoir des précipitions de neige ce soir.

La température a chuté d’un cran après le lunch. Suite à quoi une neige fine commence à tomber. J’étais enjoué! Il neige, tout l’après midi jusqu’au soir. Peu à peu le paysage change au blanc et tout devient recouvert au soir. Splendide! J’arrive à ma destination. L’abri à été construit en 1992 et à deux étages. Les joints sont tous fait en bois. Tout s’emboite comme des LEGO.  Les logs lui font l’éloge d’être l’un des plus beau shelter sur le sentier. Il y a même des fenêtres! Je m’y installe, l’esprit tranquille, en sécurité. Un flocon me réveille vers minuit. Il s’est posé sur mon visage. L’intérieur du shelter est recouvert d’une fine couche blanche. Mon sleeping bag a changé de couleur. Merde, je me dis. Je me réveille tout doucement, pieds nus, à secouer le tout, à passer le balais et attacher ma toile. La tempête fait rage dehors. Déjà, plus d’un pied de neige s’est accumulé sur les marches et le perron.

La journée suivante à été l’une des plus exigeantes du périple. J’ai marché 7 miles en 8 heures. Ce sont deux pieds de neige qui sont tombés sur la montagne durant la nuit. La neige atteignait presque mes genoux en temps normal et mes hanches lorsqu’il y avait des accumulations. Mes plans viennent de changer drastiquement. Je devrais alors sortir du sentier 20 miles plus tôt, faute de temps et d’approvisionnement. Wow! Tout un changement d’itinéraire.

C’est le branlebas de combat à Daleville. Les camions de déneigement ont des chaines attachées aux pneus. Les embouteillages sont terribles. Les citoyens sont clairement bouleversés par la tempête. Certains sont joyeux! Ça fait plus de 35 ans qu’ils n’ont pas vu autant de neige. Les vieux se retrouvent enfin dans leur enfance!

Suite à la lecture de mes courriels, j’ai appris que Julie a du rebrousser chemin et retourner à Montréal. Ses genoux ont flanché. Le transport en bus, le contraste vélo/marche, je ne sais pas. J’ai aussi appris que Thirst a contracté l’infection de la Giardia. Il me suivait à une journée de marche. J’étais très surpris de ne pas l’avoir vu passer. Il était cloué à la maison. Macguyver est en feu et le blog des marcheurs a commenté mon blog ici.

Et voilà que je me retrouve à l’aéroport de Roanoke, attendant mon vol pour le Québec.

C’est en mangeant des biscuits de Noel assis dans le Lazy-Boy du salon tout en écoutant « de père en flic » que je termine ce signet. Mes amis! J O Y E UX  N O E L !! Meilleurs vœux d’amour, santé et bonheur pour la prochaine année!

Je retournerai sur le sentier au début janvier.

À venir : Tout sur la caverne Luray.

À bientôt!

Simon.

jour 173, 3219 km, Wayesboro – Va.

Il neige abondamment, c’est un blizzard. L’homme sans dent qui nous conduit au sentier est très nerveux et moi aussi, il  a un pied sur chaque pédale. Kevin et moi arrivons au sentier en fin d’avant midi. C’est une vraie toile d’œuvre d’art. Morgan saute, cours et s’amuse dans la neige et créer un tourbillon blanc autour d’elle. Kevin et moi avons le même sourire enfantin givré sur les lèvres. Il neige toujours et la température est assez douce, il fait environ -6 degrés Celcius.

Avant notre première pause, nous dépassons deux groupes de scouts. L’un deux nous rejoint quelques minutes plus tard. Les enfants sont âgés entre 12 et 14 ans environ. Ils portent tous des vêtements de coton et n’ont aucune idée comment combattre le froid. Leur guide tente d’allumer son brûleur pour faire du chocolat chaud. Il le tient avec sa main gauche et manipule à la fois la sortie de gaz et le briquet avec sa main droite. Il utilise une bonbonne de gaz sous pression. Le gaz est plus dense dans ces conditions et il sort lentement de la bonbonne. Alors qu’il inspectait la sortie du gaz, la bonbonne penchée alluma. En moins de deux, il avait une boule de feu dans sa main gauche. L’air surpris il mit le tout sur le banc. Plus tard, je pouvais apercevoir son setup « allumé » mais sans flamme et tous attendaient que l’eau bouille. Le plus jeune grelottait debout dans le fond du shelter. Ses vêtements étaient imbibés de sueur et il n’avait pas de rechange. Notre chef de scout était dépassé par la situation. La seule chose qu’il leur a dite c’est de changer leur bas et la moitié ont affirmés que ce n’était pas nécessaire. Kevin et moi pouvions voir qu’on dérangeait le «maître » à l’œuvre, nous n’osions plus s’interposer. Kevin à été visiblement surpris lorsqu’il a vu que les enfants portaient tous leur vêtement de scouts en coton. Ceci mit une légère tension et le climat était de plus en plus froid. Nous n’osions pas montrer aux enfants comment se réchauffer et comment allumer un brûleur par temps froid. De peur de manquer de respect à cet homme. Nous avons rapidement terminé notre collation et continué notre chemin.

Sans raison apparente, Morgan vomit sans cesse. Mais elle reste solide et joyeuse. Nous marchons dans un blizzard de neige. Le vent nous transperce la peau si nous nous arrêtons trop longtemps. Mes guêtres sont brisées depuis plusieurs mois maintenant. Elles se déplacent constamment, laissant la neige se faufiler jusque dans mes bottes. Je perds mon trépied dans la neige suite à un arrêt « replace tes guêtres ». C’était mon quatrième trépied. J’en ai perdu autant que j’en ai brisé. Tant pis, je vais m’en procurer deux autres à Noël quand que je vais être en ville.

Nous atteignons notre abri 1h30 après le coucher du soleil. Ça a pris une bonne dizaine de minutes de recherche pour le trouver alors qu’il était à 50 pieds de nous. La neige et le vent diminuaient drastiquement la visibilité. Puis le festival de la souris agrémentait le rythme de nos rêves durant la nuit.

Le matin nous propose une journée tranquille et ensoleillée. C’est mon genre de journée préférée. Calme et joyeuse entre le bleu ciel et le blanc neige. Les arbres brandissent fièrement leurs branches glacées. Signifiant leur victoire de la nuit dernière. Nous arrivons au parking du parc national de Shenandoah. Il s’y trouve une seule vielle camionnette toute enneigée. C’est le camion de LETITBE. Lui et GG ont sautés environ 100 miles pour se rendre directement ici. Dans le dernier shelter du parc, j’y ai lu qu’ils allaient sauter le reste de la Virginie pour se rendre directement dans les montagnes fumeuses, « the Great Smoky Mountains », au Tennessee. Ils font le sentier par section, laissant leur imagination leur dicter la prochaine destination.

Morgan est top shape aujourd’hui. Ce n’était qu’un petit virus passager. J’ai commencé une petite grippe qui passera au fil du temps. Nous allons en ville pour faire un petit ravitaillement. Puisque tous les édifices du parc sont fermés, il nous sera impossible de passer au travers sans réserves supplémentaires. J’aimerais aussi échanger mes bottes Keen pour des bottes plus chaudes et imperméables. Malheur! Le seul magasin de plein air est fermé le lundi. Et double de malheur, aucune botte ne fait mon affaire. Kevin et moi s’accordons pour glander le reste de la journée dans les cavernes de la ville de Luray. Quelle belle surprise! Ya rien pour rien! J’en ai eu plein la vue! Après avoir touché le ciel dans les montagnes, je me trouvais 80 pieds sous terre à admirer ce joyau de la nature. Selon le national Geographic, ces cavernes sont les plus impressionnantes au monde! WOW! Et moi qui marchais tout bonnement par là. Hé ben.

Kevin restera en ville cette semaine, évitant ainsi que le ciel lui tombe sur la tête et donnant l’occasion à Morgan de récupérer un peu. Une nuit de pluie et de glace va s’abattre sur la région.

Alors, armé de  mes semelles à crampons, je gravis la montagne jusqu’au premier shelter. Mes pieds sont gelés et trempés. J’y arrive en début d’après midi, me laissant amplement le temps de faire un feu et m’y faire un chez moi pour la nuit. C’est vers minuit que mes yeux se sont ouverts. La tempête était si forte que la pluie pouvait m’atteindre. J’ai installé une toile pour me couvrir et bingo, back to dodo. Mon sleeping bag a été un peu mouillé durant la nuit.

Encore une fois, le matin annonçait une journée splendide et plutôt venteuse. Il fait dix dehors et pourtant je grelotte sans cesse. Ce sont mes pieds mouillés et gelés qui draine toute ma chaleur. Au fil de la journée je rencontre un paquet de chevreuils et des traces d’ours. Ses traces de pattes sont environ deux fois plus grosses que celles que j’ai vu au Québec. Suite à l’inspection du logbook j’ai pu lire que GG à pu voir sont premier ours sur le sentier. Elle était super contente. Son chien Bruno était super excité aussi, il parait qu’il voulait quasiment aller jouer avec le nounours. Quel beau spectacle, parait-il. Je n’étais pas trop enjoué de savoir qu’un ours s’amusait à observer les humains!

Après avoir vérifié la distance à parcourir pour atteindre le prochain arrêt « blog », je décide que cette journée sera consacrée à faire le plus de distance possible. Le terrain est assez plat, plutôt glacé. La journée est extrêmement venteuse, donc pas de trainage, pour rester au chaud, je dois bouger. À un certain moment donné, alors que mon moral diminuait sans cesse, les paroles de mon père résonnent en écho dans ma tête : «si tu veux te rendre en Georgie, prend ton char pis vas-y!». Mon subconscient ne comprenait pas pourquoi je poussais fort aujourd’hui. L’objectif de la journée était de marcher 34 miles et les conditions étaient passables.

J’arrivais à destination aux petites heures du matin et je me suis mis au lit après m’être rassasié d’un festin. Quelques minutes plus tard, l’odeur de mort qui trainait sur place me réveilla. Une odeur de déchet qui colle à la peau et aux vêtements. Les logs avaient tous indiqué que ce shelter était prisé par les rats. Mais jamais j’en ai eu connaissance. Peut-être étaient-ils tous mort soudainement et pourrissaient dans les entrailles de cet édifice à trois murs. Peu importe. Il faut dormir. Puis, le raton laveur voleur de matériel s’est enfuit alors je me tortillais à la recherche de mon zipper. Je suis extrêmement content que Lucky l’ai tabassé il y a quelques semaines, puisque selon les logs, ce raton laveur n’a pas la réputation d’être très amical.

En quatre jours, la seule personne que je rencontre sur le sentier m’ignore totalement. C’est un day hiker qui vient faire le vide, ou le plein. La journée est splendide, le vent est tombé. Durant la nuit dernière plusieurs arbres sont tombés. La forêt à été l’objet d’un champ de bataille. Encore une fois, les arbres victorieux brandissent leurs glaçons. Ils ont l’air fatigués et la majorité sont blessés. Néanmoins, ils ont su soutenir leur position et la vie aujourd’hui resplendit de partout. Un nombre impressionnant de chevreuils sont de retour sur le sentier. La majorité ignore ma présence et me regarde, mâchant les feuilles mortes dénichées sous la neige.

Et me voilà donc en ville. Oh malheur, mon bouquin de référence contient des erreurs de code postal et la poste est fermée. Mes paquets sont-ils perdus? Je reprends contact avec Kevin qui vient me rejoindre au magasin de plein air. Oui! J’ai trouvé de nouvelles bottes! Ainsi qu’un nouveau pantalon de pluie, des mitaines, un foulard, des sacs imperméables, des nouvelles guêtres et un nouveau livre de référence. Je suis maintenant mieux équipé pour faire face aux intempéries de dame nature et j’apprends que pendant les prochains jours la température sera à la hausse, voir même de la pluie!

À Venir :

Une québecoise sur le sentier
Des nouvelles de Thirst et de MacGuyver.
Les déboires de dame nature en Virginie

À très très bientôt!

Simon.